vendredi 14 mars 2008

Pause toujours

Nous continuons nos lectures et nos découvertes jusqu'au 30 mars 2008 afin de mieux vous les faire partager. À bientôt.

-Madame et Monsieur-

vendredi 7 mars 2008

Nona

Comment aborder ce recueil de nouvelles?

-En marchant! En marchant du bout des pieds. Avec délicatesse. Avec rythme et maintien. L'esprit léger, le nez en l'air. Attention! L'auteur nous prend la main... il nous donne son accord... on embarque avec lui tout en restant à terre.
Cet oiseau-là est un drôle de poète.

Jean-Luc Coudray s'attache au quotidien. Ses chroniques sont claires; tout ce qu'il y a de plus banales et ordinaires. Et pourtant... ancrés dans le quotidien ses textes courts s'en éloignent de manière poétique, assez inattendue.

Jean-Luc Coudray affectionne la logique de l'absurde, le sourire à côté de la figure. Il pose un regard détaché sur les scènes qu'il décrit. Il sait que c'est du théâtre ou du rêve. Rien de grave en tout cas. Ses personnages sont des acteurs; ils jouent... mais pour de vrai! Ce sont des enfants dans une cour de récré et un enfant ne fait pas semblant.
" Même pas cap'! Même pas mal!"
"Pan! T'es mort. "

Fin de l'histoire. Il n'y a plus de jeu.

On passe à autre chose. Il faut serrer les rangs, reprendre le cours normal des heures qui passent et qui s'allongent. Jean-Luc Coudray s'en moque, il s'amuse. Il s'évade, sorte de chroniqueur lunaire. Il est présent mais en absence, ou plutôt en double de lui-même.

Certains s'écoutent parler, lui se (nous) regarde vivre avec un flegme et une sérénité inébranlable. Ses nouvelles sont légères comme le regard rêveur de celui qui s'arrête en pleine course pour regarder les autres.
Le monde autour de lui prend forme; les décors, les objets, la nature, le sensible, l'invisible s'humanisent. C'est comme un sentiment d'Amour mêlé d'adrénaline.
Jean-Luc Coudray s'amuse. Il nous balade, nous prend la main, on s'envole avec lui, on reste au ras du sol, on flotte à quelques centimètres, on plane au fond de nos chaussures. Ce sentiment léger est tellement agréable: ce n'est pas de l'ivresse, c'est un style.
Ce point de vue décalé dans la bascule des mots, ce maniement exquis, c'est une respiration.

-Monsieur-

de Jean-Luc Coudray (Le site est très complet mais peu fantaisiste en comparaison des livres de l'auteur.)
aux éditions de L'Amourier (un extrait du livre est disponible sur leur site)
1997

jeudi 6 mars 2008

Animalia

Il est mal vu de dessiner comme un enfant et pourtant, le vrai dessin d'enfant connaît ses amateurs attendris et passionnés. Il a ses défenseurs et ses collectionneurs.
Doit-on parler d'aveuglement?

Nombreux sont les enseignants qui conservent les dessins de leurs petits élèves guidés par l'enthousiasme de leurs premières années professionnelles, par sentimentalisme aussi. Et que dire des parents persuadés du génie de leur progéniture?
Sans être objet de dévotion, le dessin d'enfant est partout. Il s'égare entre les pages d'un livre, il se perd entre deux boîtes d'archives. Il se découvre quand on ne l'attend plus, réapparaît derrière un meuble ou au fond d'une armoire. Il ne se jette qu'avec regret et ne laisse pas indifférent. Il génère l'émotion.

Picasso racontait: " une chose curieuse, c'est que je n'ai jamais fait de dessins d'enfants. Jamais. " et il ajoutait: " il m'a fallu toute une vie pour dessiner comme eux. " Il était fasciné.

Car un dessin d'enfant est un mélange touchant de ratage et d'application, de faiblesse et de force. Il n'y a pas de calculs, pas de cadres; l'imagination est sans borne.
À la base du dessin d'enfant, il y a l'échange, le langage et le lien. La maladresse des débuts cache la volonté, l'acharnement à retranscrire. L'émotion pousse la main. Le cœur et la raison s'animent. On reçoit et on donne. L'enfant s'applique, insiste, il s'invente des chemins, persévère et progresse. Son expression a le trait pour génie. Il suffit pour s'en convaincre de contempler la pureté de ce dessin:




Il n'y a pas de superflu.

-Monsieur-

de Frederico (4 ans)
conception graphique: André Lemos
couverture sérigraphiée par Mike goes West
aux éditions Opuntia books
juin 2006 (imprimé à 75 exemplaires.)

mardi 4 mars 2008

100 ans d'illustration de mode

"100 ans d'illustration de mode "!
Environ 400 illustrations pleine page accompagnées d'un texte sûr et concis!
Voilà un luxe dont il serait dommage de se priver.

Cally Blackman nous livre un cours magistral par son ampleur et sa justesse. Bien sûr, il y a des lacunes mais le sujet est vaste et la sélection nécessaire, forcément drastique. L'auteur le reconnaît.
Son ambition n'est pas d'être exhaustive. Elle survole un siècle, le XXème, à travers le prisme de " l'illustration de mode ". Il ne s'agit pas à proprement parler d'une histoire de la mode (la " mode " étant à comprendre au sens large, de façon générique). Ce n'est pas non plus un florilège. Il n'y a pas de parure inutile, pas de vétille. Il n'y a pas de chef-d'œuvre non plus. Chaque illustration, comme autant d'ornement, est soulignée d'un commentaire. Tout est juste, harmonieux, comme le chapeau qui équilibre les silhouettes.

100 ans. Un siècle, une époque. Quatre générations et autant de chapitres qui défilent sous nos yeux. 100 ans, c'est le reflet d'une société, de sa mentalité. C'est son évolution.
Sans nostalgie, Cally Blackmann a dégagé les grandes tendances des décennies passées. Avec à-propos et légèreté, elle a su éviter l'austérité de la leçon sans tomber dans l'artifice. Du bel ouvrage.

-Monsieur-

de Cally Blackmann
aux éditions Eyrolles
2007