vendredi 28 décembre 2007

L'Homme-Arbre


L'Homme-Arbre est un chêne un peu particulier: des bras, des jambes, un visage, une facilité dans les domaines artistiques et intellectuels (ébénisterie, jeux d'échecs, guitare) et une vie sociale digne de n'importe quel être humain...
Il a pour ami Eliaou (vieil érudit juif) et son Golem, à la réflexion assez limitée mais à la force physique et à la fidélité exemplaires.
Pour sauver le plus vieil arbre de la forêt, pilier de la planète, l'Homme-Arbre va lutter avec ses amis contre les Alitvaraï, peuple entièrement dévoué à son roi.

Sfar écrit de façon particulière: on a souvent l'impression d'entendre parler un enfant peu soucieux d'être poli.Cependant des pépites de vocabulaire émaillent le texte, et lui donnent un cachet que n'ont pas la plupart des romans destinés à la jeunesse.
Par ce système, Sfar adresse un roman bien construit et surtout pas rébarbatif aux pré-ados, une histoire plaisante, richement rehaussée par ses aquarelles, que l'on peut donc lire ou regarder.
Sfar est un homme prolixe: scénariste, dessinateur, illustrateur, éditeur, joueur de ukulélé, et enfin (?) auteur de romans pour la jeunesse... la liste de ses ouvrages est impressionnante: après avoir essayé rapidement de les compter, j'ai laissé tomber, je préfère vous donner l'adresse du site officiel de cet "homme-orchestre": www.pastis.org/joann.
On ne peut que regretter l'irrégularité des mises à jour mais l'essentiel est là: la liste (exhaustive?) de son œuvre...


-Madame-

(dès 11 ans)
de Joann Sfar
éd. Denoël Graphic
2004

jeudi 27 décembre 2007

Un homme

C'est l'histoire d'un homme, ancien publicitaire, vieux et malade, qui revit ses dernières années, et se remémore les moments importants qui ont jalonné sa vie.
Entouré de ses parents et de son frère modèle, il a eu une enfance heureuse, une adolescence faite de découvertes et de peurs, un parcours actif et bien rempli. Plusieurs femmes ont partagé son existence, plus différentes les unes que les autres. Tout irait bien si ses dernières années n'avaient pas été ponctuées de plusieurs opérations médicales qui l'ont rendu peu à peu vulnérable. Ces bouleversements l'ont poussé à se poser bon nombre de questions. Il se livre alors à une sorte de bilan, de compte-rendu final.
Ce n'est pas un roman drôle, loin de là. Le personnage central est empli de nostalgie, de craintes, d'angoisses. On l'accompagne et on approche une vie, avec tout ce que ça comporte: psychologie, amour(s), environnement familial riche, amis, loisirs...
Un homme de Philip Roth est un texte court, rapide à lire qui vous laisse une envie, la dernière page tournée, celle de lire d'autres livres de l'auteur... si ce n'est déjà fait.

-Madame-

de Philip Roth
éd. Gallimard
2007

mercredi 26 décembre 2007

Paris 15e arrondissement 1900-1940


Voilà un ouvrage de cartes postales anciennes comme il en existe des centaines pour toutes les communes de France. Celui-ci a la particularité d'être conséquent et de présenter de nombreuses photos "inédites". On ne pourra que constater à quel point les promoteurs et nos dirigeants ont saccagé le petit patrimoine de notre arrondissement. Sans faire de passéisme (je ne parlerai pas des conditions de vie), il suffit de comparer certaines vues et de se demander ce qui est le plus agréable pour l'humeur et l'esprit: des barres de verre et de mauvais béton dans des rues sonores et sans respiration ou ce mélange iconoclaste de vides et de pleins, d'immeubles et de maisonnettes, d'usines-cathédrales et de folies exubérantes à la gloire des premiers bétons. Loin de moi de glorifier les pastiches et les "rehauts" d'immeubles dont se parent notre époque mais je pense qu'un individu ne peut se construire sans Histoire. Même si cet arrondissement a toujours fait table rase de son passé paysan et ouvrier au profit d'entrepreneurs et d'industriels avides de revenus (le phénomène n'est pas nouveau), je constate que les démolitions, destructions continuent. Les dernières "dents creuses" sont systématiquement bouchées. Les élus font peu de cas du patrimoine. Les architectes se font souvent plaisir au détriment de l'habitant ou sombrent dans une médiocre facilité. Seule satisfaction, les constructions nouvelles ne sont conçues que pour durer trente ans... on ne peut qu'espérer un sursaut. Les mutations futures qui accompagneront notre "village" apporteront peut-être un peu de fraîcheur et d'aération, un respect du passé qui n'empêchera pas l'audace ni le panache! Quoiqu'il en soit la roue continuera de tourner et moi d'avoir la nostalgie...

-Monsieur-

de René Minoli
aux éditions Parimagine
2007

vendredi 21 décembre 2007

Pause Lecture

Sasmira: L'appel (tome1)


Laurent Vicomte nous entraîne dans une étrange histoire:

Une bague donnée à Stan par une inconnue mourante va l'envoyer, par delà les frontières du temps, au tout début du 20e siècle.
Accompagné de Bertille, son amie, Stan va enquêter et s'apercevoir que la veille femme ne l'a pas choisi au hasard...
Jeux de regards, jolies femmes mystérieuses, vêtements somptueux et riches parures, ce scénario qui nous rappelle « Balade au bout du Monde » donne à Vicomte une belle occasion d'exercer ses talents d'illustrateur pour nous faire rêver, pour nous immerger dans un autre monde.
On ne s'ennuie pas au fil de ces pages: j'ai adoré regarder en détail les illustrations; me replonger dans cet album, prendre le temps de le relire me procure chaque fois un grand plaisir.

Un point négatif toutefois: depuis sa sortie les lecteurs de Sasmira attendent le deuxième tome, veulent voir où Laurent Vicomte envisage de les emmener. Mais le désir s'émousse, on commence à douter de la parution d'une suite. Pour nous permettre de patienter les éditions Daniel Maghen ont publié un recueil magnifique et luxueux, « Virages », consacré à l'oeuvre de l'auteur. Ce livre est à découvrir lui aussi, incontournable!


-Madame-


de Laurent Vicomte
éd. Les Humanoïdes Associés
1998

jeudi 20 décembre 2007

le Livre de la guerre de cent ans


Voilà un livre remarquable, à la hauteur de l'attente (la sortie ayant été maintes fois repoussée). Gus Bofa (1883-1968) nous présente le conflit de 14-18 à travers la guerre de cent ans. Il réussit le tour de force de rester amusant et bon enfant sous des côtés amers et désabusés. Son coup de crayon y est pour beaucoup. Les trognes et les allures de ses personnages ont des aspects débonnaires et rustiques. C'est le cinéma des années vingts auquel on est convié: des caractères marqués mais toujours réalistes.
Aux amateurs de l'auteur qui s'étonneront de la mise en couleur, je conseillerai de lire le texte en ligne sur le blog de l'éditeur et publié à la fin de l'ouvrage. Il y est expliqué le choix cornélien auquel l'éditeur a été confronté et l'histoire chaotique du livre.
Nous ne pouvons d'ailleurs que féliciter les éditions Cornélius pour la qualité de leur travail, leur passion, leur acharnement à fabriquer du bel ouvrage, les remercier aussi de nous faire découvrir l'œuvre de Gus Bofa (Malaises, Slogans...). Je ne peux m'empêcher dans la foulée de vous indiquer un passage de leur blog révélateur de leur exigence: c'est affligeant pour les "grands éditeurs" cités.
Pour en revenir à nos moutons comme dirait Jehanne la pucelle, précisons qu'un court texte de Mac Orlan (proche de l'esprit fantaisiste des chansonniers) et quelques inédits de Gus Bofa viennent clore ce livre de la Guerre de cent ans. En conclusion, je vous dirais bien d'en acheter deux, un pour vous, un pour offrir. Il paraît que c'est de saison.

-Monsieur-

de Gus Bofa (le site officiel est à visiter sans façon)
accompagné d'un texte de Pierre Mac Orlan
aux éditions Cornélius
2007

mercredi 19 décembre 2007

Dialogue entre un prêtre et un moribond


C'est un texte très court que publie l'éditeur engagé (enragé?) du Chien Rouge. L'on y découvre que Sade est un grand philosophe libertin (au sens de liberté) trop souvent enfermé dans une image sulfureuse.
Le moribond entame un dialogue impossible avec un prêtre venu le confesser. Les réparties du moribond sont souvent justes, provocatrices et parfois excessives. Les hésitations du prêtre sont réjouissantes. C'est d'une modernité, d'une actualité (d)étonnante. Chacun campe sur ses positions. Est-ce que le dialogue pourra faire avancer les choses, évoluer les mentalités, convertir à une idée ou une autre? Qui sait? Comme le laisse supposer la note de conclusion la chair est faible et l'abandon inévitable, salvateur.
Ce qui est plaisant au bout du compte, c'est l'intelligence de l'opposition et le courage du discours. Sade a payé le prix fort; des personnes continuent de payer de leur vie leur indépendance face à l'obscurantisme; il ne faut pas l'oublier.
Soulignons que l'éditeur met en exergue deux brèves analyses écrites par Gilles Lucas et Jean-Roch Siebauer qui apportent un éclairage complémentaire au texte de Sade. Bien sûr le dialogue du marquis accompagné d'analyses est disponible sur de nombreux sites internet mais il serait dommage de se priver des dessins de Rémi Verbraeken qui illustre on ne peut plus clairement les turpitudes et le travail de l'esprit (la nature?) sur les chairs noueuses des deux personnages de l'histoire.

-Monsieur-

de D.A.F. Sade
accompagné des textes de Gilles Lucas et de Jean-Roch Siebauer
illustations (réservées aux grandes personnes) de Rémi Verbraeken dit Rémi
aux éditions du Chien Rouge
2007

mardi 18 décembre 2007

L'infortunée


Trouvé bébé par le "Jeune Lord Loveall" sur un tas d'ordure, le futur Lord Rose sera élevé comme une fille par son père adoptif.
Celui-ci, faible et naïf, est l'héritier d'une des plus grosses fortunes de l'Angleterre du début du 19e, et ne quitte pour ainsi dire jamais son immense palais. Sa soeur adorée, décédée très jeune en tombant d'un arbre, a laissé un vide terrible dans le coeur de son frère, qui voit en l'apparition du bébé trouvé un moyen de combler ce manque.
Il entourera la petite Rose de tout l'amour possible, comblera tout ses désirs, lui offrira l'enfance dont toutes les petites filles rêveraient...
Mais l'adolescence sera pour la jeune fille une source d'interrogations, et la découverte de son véritable sexe la cause d'une quête d'identité douloureuse.
Les fréquentes références à la mythologie grecque et les nombreux rebondissements comblent les lecteurs jusqu'à l'annexe surprenante, dernier clin d'oeil vers notre siècle.
Il en ressort une lecture véritablement agréable!

-Madame-

de Westley Stace
éd. Flammarion
2006

lundi 17 décembre 2007

Les souris I, II, III


Cette histoire se déroule dans le royaume des rêves. Ces trois albums sont construits comme des bandes dessinées sans parole, délicieusement limpides et poétiques. Après quelques lignes d'introduction, on se laisse bercer par cette succession d'images à la composition géométrique quasi glaciale. On s'attend à une partition classique d'une grande maîtrise quand déboule tout un peuple de souris, crocodiles, éléphants et requins... on est emporté dans un tourbillon étourdissant, un délire extravagant d'animaux et de pantins miniatures. Nous voilà plongés au cœur d'une course contre le temps, d'une frénésie musicale derrière laquelle il y a l'angoisse... et soudain le réveil!
On reste abasourdi en refermant ces livres; paradoxalement assourdi par toutes les musiques, les cris, les tintements que l'on perçoit dans l'absence de bulles; étonnamment ébloui par cette débauche de couleurs ressentie dans une quasi bichromie des pages; du grand Art!
Pierre Clément est architecte, dessinateur. Il a composé des dessins animés, travaillé pour la publicité et œuvre pour le monde du Tralalah. Je vous invite d'ailleurs à vous rendre sur ce site pour (re)découvrir son univers et vous attarder sur ses images. Goûtez le temps qui passe, égarez-vous, en un mot profitez...

-Monsieur-

de Pierre Clément
aux éditions Méphistopoulos
1992/1993

jeudi 13 décembre 2007

Le sourire étrusque


Le vieux Salvatore est malade.
Son fils le fait venir chez lui à Milan pour faire soigner son cancer.
Être coincé dans cette grande ville froide ne convient pas du tout au vieux calabrais, à qui la chaleur de sa terre et l'amitié des vieux du village manquent terriblement.
En arrivant dans la cité du Nord de l'Italie Salvatore fait la connaissance de Bruno, son petit-fils âgé de quelques mois.
Et la joie de vivre renaît.
L'amour qu'il voue au petit Bruno va transformer la fin de sa vie. Il va en faire son complice, lui raconter sa vie, lui donner un maximum d'outils pour grandir dans la bonne direction (la sienne), et grâce à lui rencontrer d'autres personnes de valeur.
On croirait presque entendre la voix éraillée du paysan au travers des phrases savoureuses qui émaillent ce roman.
Lecture-plaisir, ce texte est de ceux qui appellent des émotions, qui laissent un beau souvenir et restent longtemps en mémoire.

-Madame-

de José Luis Sampedro
éd. Métailié
2004

mardi 11 décembre 2007

L'édition sans éditeurs

Le monde du livre a longtemps été préservé des outrances de l'économie. Soumis depuis des lustres aux règles d'un marché à part, il ronronnait malgré les mises en garde en provenance des États-Unis: peut-être par orgueil (sûr d'être protégé par son statut culturel), peut-être par manque de volonté et de vision d'avenir. Nul n'est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. En effet, dès 1999, André Schiffrin, éditeur démissionnaire de Pantheon Books aux États-Unis, dénonce dans un livre très bref les problèmes que pose la concentration économique au sein de l'édition. Il renouvelle son essai cinq ans plus tard avec "Le Contrôle de la Parole". Il commence à trouver un écho en France, une oreille attentive et inquiète mais il est trop tard. En dix ans, le monde du livre aura été bouleversé (de l'imprimerie à la librairie en passant par les transporteurs et les éditeurs). Désormais, les gros groupes (amas de superstructures) contrôlent toute la chaîne du livre. Malgré l'apparition de nombreux éditeurs (comme les rejets d'un orme empoisonné par la graphiose), la visibilité n'est pas celle du plus grand nombre, de la "diversité" pour reprendre un terme à la mode. Tout le monde connaît le danger de la parole unique et les conséquences qui en découlent. André Schiffrin continue de batailler (voir l'article en date d'octobre 2007 dans le Monde Diplomatique), ses textes sont devenus des classiques incontournables pour tous ceux qui considèrent que le livre n'est pas un produit. Et la vie continue...

-Monsieur-

D'André Schiffrin
aux éditions de la Fabrique
1999

lundi 10 décembre 2007

Putain d'usine



Jean-Pierre Levaray est ouvrier salarié, il raconte un quotidien, le sien, le nôtre. Tout y passe l'ennui, l'alcool, la fatigue, l'arrogance des dirigeants et la dévalorisation des êtres. Il n'y a pas de haine, simplement un constat, un profond sentiment d'injustice assourdi par l'angoisse du lendemain. On y suit avec désespoir des hommes rendus impuissants, démolis dans leurs chairs. Dans ce monde abrutissant, l'Homme a perdu ses rêves.
"Tout ça est d'un classique. Tragique."
Tragique comme les situations que Jean-Pierre Levaray décrit avec beaucoup de pudeur et d'humanité. Pourtant, il ne triche pas, il y a des scènes difficiles qu'Efix, le dessinateur, adoucit par de très beaux décors et des personnages tout à la fois souples et expressifs. Efix s'est surpassé et atténue bien des passages du livre originel.
L'association de Efix et de Jean-Pierre Levaray renouvelle le genre de la littérature ouvrière et militante. Et si ça ne console pas, ça fait du bien de savoir qu'on n'est pas seul à être enfermé dans la médiocrité d'une vie de peu, de se serrer les coudes. Qui sait, peut-être un jour, la colère enfouie donnera des fruits superbes, si nous avons encore la force...

-Monsieur-

De Efix et de Levaray
aux éditions Petit à Petit
2007
Bd en ligne à l'adresse suivante: http://www.sceneario.com/dossiers/usine/putaindusine
un lien pour voir le documentaire "Putain d'Usine" de Rémy Ricordeau et Alain Pitten pour FR3 Normandie:
doc. France 3 (1/3)
doc. France 3 (2/3)
doc. France 3 (3/3)
Le texte original de Jean-Pierre Levaray est disponible aux éditions de l'Insomniaque et en poche aux éditons Agone.

vendredi 7 décembre 2007

Pause Lecture

Le Dernier Chasseur de sorcières

Au 17e siècle, une jeune fille, Jennet, va tout tenter pour faire disculper sa tante Isobel accusée de sorcellerie. Celle-ci a deux torts:
1/ vouloir expliquer par la science des phénomènes naturels jusqu'alors mystérieux.
2/ être née femme, donc vouée à ne pas être un interlocuteur sérieux pour les érudits de l'époque.
La jeune fille a elle aussi un environnement défavorable à son dessein: son père et son frère sont d'acharnés chasseurs de sorcières: leur charge est de les dénicher et de les faire punir. Le massacre des prétendues sorcières de Salem est la fierté de cette caste puritaine et malfaisante.
Après avoir essayé en vain de faire venir de grands scientifiques comme Newton au procès d'Isobel, Jennet décide de poursuivre inlassablement l'oeuvre de sa tante qui l'a initiée aux sciences. Son but est de:
-prouver que la sorcellerie n'existe pas.
-faire interdire le meurtre de ces femmes accusées, par des délations calomnieuses, de fricoter avec Satan.
-laisser entendre au monde la raison en utilisant la science qui éloigne le spectre du Mal et rétablit la lumière sur de simples phénomènes naturels.

J'ai essayé de résumer au mieux l'intrigue de ce roman captivant.
Parlons maintenant de l'ambiance: quand je replonge dans le souvenir de cette lecture, c'est un morceau de parchemin que je vois, évoqué par les recherches d'Isobel et de Jennet, par les Bibles et opuscules de droit qui ont pesé sur la vie de tant de femmes innocentes. Plus sensuellement, il me revient aussi le toucher du papier dans l'édition du "Diable Vauvert" (je la préfère à la version poche car la charte graphique du "Diable" accompagne très bien le récit de James Morrow).

C'est pourquoi, aujourd'hui, je voulais attirer votre regard sur ce livre érudit, passionnant, aux personnages attachants; c'est un de mes romans préférés!

-Madame-

de James Morrow
aux éditions du Diable Vauvert
2003

mercredi 5 décembre 2007

Journal de Bord de Pythéas


Vous avez aimé Christophe Colomb, Marco Polo et Jacques Cartier, vous adorerez Pythéas. Pythéas est né à Massalia (Marseille) à l'époque d'Alexandre le Grand. C'est un grec. Il a été chargé de trouver une nouvelle route plus sûre que celles existantes pour approvisionner le pays en ambre et en étain (déjà le sempiternel problème des ressources minières). C'est son voyage que Ferdinand Lallemand nous présente comme un journal de bord retrouvé, vivant, vibrant et haletant. Il s'est servi du peu de traces qui nous restent sur Pythéas pour composer sa trame. Parmi ces documents, il y a les écrits de Strabon qui le traitait de menteur . "Menteur" car Pythéas a découvert le pays où la mer est de glace, où les nuits ne durent que 2 à 3 heures: Pythéas a découvert le royaume de Thulé. Quand il fera le récit de son voyage, il sera écouté comme on écoute un conteur, un affabulateur, avec incrédulité mais avec des étoiles dans les yeux; les étoiles des enfants qui aiment bien les histoires extraordinaires.
La lecture de ce journal de bord est une plongée passionnante dans l'histoire maritime, dans la découverte de nouveaux mondes. C'est une première approche qui met en appétit. Je signalerai donc quelques livres sur Pythéas (de timides tentatives de réhabilitation ayant eu lieu ces dernières années):
Barry Cunliffe, Marie-Geneviève l'Her, Pythéas le Grec découvre l'Europe du Nord, éd. Autrement, 2003
Thibaud Guyon, Jeanine Rey et Philippe Brochard, Pythéas l'explorateur : De Massalia au cercle polaire, éd. École des loisirs, 2001 (pour les plus jeunes)
Hugues Journès, Yvon Georgelin et Jean-Marie Gassend, Pythéas, explorateur et astronome, éd. de la Nerthe, 2000
Il existe également un site internet relativement exhaustif sur le sujet : http://marseille.pytheas.free.fr/

-Monsieur-

de Ferdinand Lallemand
éditions de Paris
1956
ouvrage épuisé mais facilement disponible chez les bouquinistes et sur internet.
Il existe une réédition aux éditions Jean-Claude Garçon.

mardi 4 décembre 2007

Rimbaud-Arthur.fr


Il ne faut pas chercher sur www.rimbaud-arthur.fr/ un site didactique mais un très bel hommage au poète, un voyage habilement destructuré. Inauguré en 2004, ce site n'a pas vieilli (ce qui est une prouesse). On pourra simplement regretter le temps de chargement (assez lourd) et l'accessibilité au fonds documentaire peu fonctionnelle. Cette commande publique a été décidée à l'occasion du 150ème anniversaire de Rimbaud pour redorer l'image de Charleville-Mézières et c'est une réussite. Nombre de régions et de municipalités devraient prendre exemple sur ce courage politique et oser innover de la sorte. La créativité exposée ici semble libérée de toute contrainte. Elle correspond magnifiquement à la vie d'Arthur Rimbaud.
C'est l'occasion rêvée de prendre un thé brûlant devant son écran froid et de voyager dans ce long poème entre cinéma et peinture, entre danse et musique. Laissons-nous bercer par la beauté des images. Laissons-nous envoûter par la voix chaude et profonde d'Arthur H. Prenons le temps...

-Monsieur-

CREATION :
Concept, design et développement : watoo
Voix : Arthur H
Scénariste : Cécile Faggiano
Graphisme : Diego Marini
Compositeur : Stéphane Scott
Artiste chorégraphique : Gaël Sesboüé
2004

lundi 3 décembre 2007

Un Secret


Philippe Grimbert, psychanalyste, raconte sa découverte d'un terrible secret de famille.
Enfant, il se découvre un demi-frère et une belle-mère raflés pendant la seconde guerre mondiale, dont toute la famille lui avait caché l'existence.
Après un début plutôt calme, un peu monotone, les révélations de sa voisine sur l'histoire de sa famille nous entrainent dans un récit haletant, dont on ne se décroche pas, et qui explique la longue introduction au texte.
Cette biographie nous présente l'importance des dégâts que peuvent entrainer les secrets de famille, tant pour les protagonistes que pour les personnes à qui sont cachés ces secrets.
J'avoue avoir versé ma petite larme à la fin de ce roman et regardé mon fils différemment, comme pour conjurer le sort de toutes ces personnes disparues dans des conditions atroces, laissant un énorme vide auprès de leurs proches.
Le film adapté du roman vient de sortir, ira-t-on le voir, Monsieur et moi? Je ne sais pas, peut-être pas tout de suite, j'ai trop peur d'être déçue et de perdre l'intensité du texte de Philippe Grimbert,qui en fait toute sa puissance...

-Madame-

de Philippe Grimbert
éditions Grasset
2004
(existe en éditions Livre de Poche depuis 2006)

jeudi 29 novembre 2007

Géopolitique


Ce manuel à l'usage des militaires apporte un éclairage intéressant par rapport à des situations actuelles (nouvelle partition de l'Europe, régionalisation...) et historiques. Il nous livre des clefs pour mieux les comprendre ou les analyser.
L'auteur commence par définir la géopolitique et situer les centres de puissance mondiale. On pourra regretter de ce fait une présence anecdotique de l'Afrique noire et une vision très euro-méditerranéenne de l'évolution du Monde. On pourra également être gêné par la façon dont sont amenées certaines données (par exemple, les chiffres de l'avortement mis au milieu du chapitre sur le déclin de la démographie). Aymeric Chauprade aurait pu, à mon avis, modérer certaines affirmations sommaires et litigieuses.
Il est conscient que ses propos peuvent irriter et bousculer une vision trop schématique du Monde (disons scolaire). Il précise que la géopolitique est complexe et il nous livre un ensemble de données qui, ajoutées les unes aux autres, atténuent un discours qui peut sembler abrupt et déplaisant.
Il faut savoir que A.Chauprade donne une vision conflictuelle du Monde, basée sur les rapports de force. Une approche plus économique de l'histoire, plus orientée sur les échanges entre les peuples, aurait, je pense, été plus constructive. Reconnaissons que je suis réservé sur sa façon d'amener les choses...quelque chose d'imperceptible dans l'écriture... un peu comme le ton sur lequel on prononce une phrase dans la conversation; « on laisse entendre ». C'est insidieux, c'est malin. Je prendrais une tournure très normande pour expliquer le malaise ressenti à la lecture de plusieurs passages: alors que je considérais qu'A.Chauprade n'avait pas raison, je ne pouvais pas dire qu'il avait tort.
Ces remarques n'enlèvent rien à la qualité de ce livre qui est d'une grande érudition, intelligent et complexe. Sa lecture est facilitée par un découpage en courts paragraphes et malgré un prix élevé, il est dense et régulièrement remis à jour. Signalons également (c'est suffisamment rare) que l'auteur indique son adresse électronique pour dialoguer avec ses lecteurs.

-Monsieur-

de Aymeric Chauprade
éditions Ellipses
2007

mardi 27 novembre 2007

Le Capitaine Ecarlate


Le drapeau noir de la piraterie flotte au dessus de Paris. Ne fermez pas les yeux: vous êtes dans la réalité; celle d'un écrivain fantasque et malade qui vit reclus au milieu de ses livres.
Nulle biographie ne pouvait mieux raconter Marcel Schwob que cette bande dessinée. En mêlant la vie et l'œuvre de cet érudit passionné, David B. et Emmanuel Guibert rendent un hommage réussi et envoûtant à l'auteur du Roi au Masque d'Or (contes fantastiques), des Vies Imaginaires (qui nous interrogent sur le lien entre la réalité et la fiction) et de la Vie de Monelle.
David B. a écrit un scénario d'une grande finesse. Le découpage et les dialogues sont ciselés à merveille, concis et subtils. La multiplication des références et des idées qui hantent chacune de ces pages permet plusieurs niveaux de lecture. L'histoire réveille en nous de vieux souvenirs d'enfance, la nostalgie des peurs vespérales et des faits héroïques dont nous étions les créateurs.
Le dessin d'Emmanuel Guibert est aussi déroutant pour un esprit cartésien que cette épopée fantastique; le trait est précis, noir et épais, rappelant certaines affiches de la fin du XIXème. Le travail sur les couleurs (vaporeuses et feutrées) sert, quant à lui, avec justesse ce mélange de rêve et de réalité.
N'attendez plus pour vous embarquer au milieu de cet équipage sans pitié. Survolez les rues de la capitale à la recherche de frissons et de mauvais coups. Vous pourrez voir Marcel puiser dans ses lectures passées la force de secourir sa petite amoureuse. Vous apprendrez aussi... mais chut, je n'en dirai pas plus. Je vais me recoucher en écoutant le vent et la pluie qui claque sur les carreaux. Brrrr...

Ah si! Juste un petit site pour découvrir Marcel Schwob (http://www.marcel-schwob.org/). Ce n'est pas nécessaire à la lecture de cette BD mais cela apportera une saveur particulière lors de sa relecture. Cette fois, j'en ai fini. Je vous laisse.

-Monsieur-

de David B. (scenario) et Emmanuel Guibert (dessin)
éditions Dupuis
2000

Mary Tempête


Cette histoire vraie retrace la vie et l'oeuvre de Mary Read, femme pirate du 18e siècle.
Après la mort de son frère, Mary fut élevée comme un garçon pour tromper sa riche grand-mère, qui rêvait d'un héritier mâle pour son fils perdu en mer.
Mary se servira de cette doublure en grandissant pour mener sa vie telle qu'elle l'entend. Tout au long de ce récit palpitant, le désir de Mary de rejoindre la mer et d'être acceptée par les hommes du bord valsera avec le danger, la peur et la vaillance, la ruse et le courage. Ce texte, qui exhale des parfums d'embruns et de tavernes enfumées, est accessible aux enfants à partir de 10-11 ans. Il contient un glossaire de termes maritimes en fin d'ouvrage.
Très bien écrit, il passionnera autant les enfants que leurs parents.
Mise en appétit par le roman d'Alain Surget, je compte bien prolonger les aventures de Mary Read en pénétrant dans un autre texte sur l'aventurière, "Lady Pirate" de Mireille Calmel...
Je vous en donnerai des nouvelles!

-Madame-

d'Alain Surget
éditions Flammarion
2007

lundi 26 novembre 2007

Harry Potter et les Reliques de la Mort


Le boucan organisé par Gallimard, les différents éditeurs dans le monde et les attachés de presse de J.K. Rowling ne doit pas faire fuir les personnes qui ont du mal à supporter les grosses opérations commerciales des majors: Harry Potter est un véritable trésor de littérature qu'il serait dommage de réserver à la jeunesse.
Si vous ne l'avez pas déjà lu, ouvrez le livre, passez outre vos réticences, et plongez dans cet univers dense et complexe. Du premier au septième tome, l'histoire se pimente, elle augmente sa saveur et se clôt magistralement. Une belle réussite!

-Madame-

volume 1 à 7
De Joanne Kathleen Rowling
éditions Gallimard
1997 à 2007

Piratage

Concernant le rapport de Denis Olivennes, PDG de la Fnac, sur le piratage informatique, nous tenons à préciser deux, trois choses:
Ce rapport a été établi sans l'accord des sociétés de défense des consommateurs.
Il ne change rien en ce qui concerne les droits et la rémunération des auteurs. Ceux-ci ne gagneront jamais que des miettes!
Ce rapport ne prend pas en compte le fait qu'internet est un système mondial.
Cet accord envisage de mettre en place une juridiction parallèle, une "autorité" administrative pour surveiller, contrôler voire sanctionner les téléchargements (faits et gestes) des internautes.
Il existe déjà des mesures en ce qui concerne la copie privée (taxes diverses sur le matériel informatique...), protections informatiques (il n'a d'ailleurs été donné aucune certitude quant à leur convergence et leur suppression future). Toutes ces mesures n'ont jusqu'alors pas permis aux auteurs d'être mieux rémunérés, aux titres épuisés d'être à nouveau disponibles, aux ventes de repartir.
Les temps changent, les marchands s'arc-boutent sur la puissance de leur capital et leur vision d'un monde révolu. Ils n'ont que faire de la création et de la liberté.
Parce qu'ils défendent leurs intérêts particuliers au détriment de la liberté, parce qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans leurs discours et que leurs visions sont à court terme, parce qu'internet est un outil formidable d'accès à la culture (ce qu'aurait pu être la télé) , nous sommes défavorables aux conclusions de ce rapport.

-Madame et Monsieur-

jeudi 22 novembre 2007

Missy


Un dessin doux, tout en rondeur, nous introduit dans le monde de Missy, danseuse de charme.
Son corps aux formes plus que généreuses fait d'elle le clou d'un spectacle de cabaret.
Mais dès que le jour se lève, Missy n'est plus qu'une femme délaissée par ses amants de passage.
Malheureuse, la strip-teaseuse va tout faire pour sortir de ce cercle vicieux.
Pour atténuer la tristesse de ce drame, l'illustrateur épure son dessin, très lisible, en effaçant les cheveux et les traits des visages. Il laisse les corps exprimer les sentiments des différents protagonistes.
Sans la moindre vulgarité "Missy" nous fait passer un moment de grande sensualité, de douceur triste. Le livre refermé nous repartons vers notre quotidien avec le souvenir ancré de ces nuits étoilées trop souvent suivies de la solitude des jours.

-Madame-

de Benoît Rivière (texte), Hallain Paluku (illustrations) et Svart (couleurs)
éditions La Boîte à Bulles
2006"

Au sujet des tracts de Marc-Edouard Nabe (MEN)




J'ai décollé cette affiche dimanche 18 novembre 2007, vers 9 heures, rue de Javel (Paris XV). Le mur lépreux et la température proche de zéro rendaient la colle inefficace. Une heure plus tard, les quelques tracts qui restaient dans le quartier avaient été déchirés, lacérés, souillés.
Les pamphlets de Nabe ne laisseraient pas indifférent à moins que ce ne soit le polémiste en question qui les fassent saccager.
En effet, Nabe prétend être victime d'ostracisme, il se dit isolé, mis à l'index à cause de ses prises de position vindicatives. Pourtant, il continue d'être édité.
Nabe se joue des médias qui s'amusent avec lui. Il se dit censuré (ce qui est souvent vrai), manipulé. Pourtant, il connaît le système, le maîtrise.
De toutes ces situations, je n'arrive pas à déceler le vrai du faux, la part de l'ombre. C'est pourquoi je m'en tiendrai à quelques impressions sur cet auteur sans m'arrêter sur ses dessins ni sur l'importance du jazz dans sa vie.
Nabe se compare à Houellebecq mais il n'y a pas la place pour deux "âmes noires" sur le podium de la reconnaissance. Parmi les plus célèbres de nos sombres écrivains contemporains, Dantec s'est exilé, oiseau de mauvais augure, perché dans son nid d'aigle, il s'est placé "hors-jeu".
Nabe a choisi d'endosser le costume du perdant: maudit à l'extrême; refusé! Il défend son franc-parler, son jusqu'au boutisme. Régulièrement, on peut l'entendre (ce qui est étonnant) clamer son bannissement pour mieux faire rejaillir sa posture de génial incompris.
Une chose est sûre, Nabe fait partie de ces personnages que l'on tient à l'écart mais que, paradoxalement, l'on aime exhiber de temps à autre. Le "monde du Livre" ronronnant et bien-pensant (en apparence) s'agite impitoyablement autour des frasques de cet énergumène, s'en distrait comme du fou à la cour.
Cela ferait-il de Nabe une victime pathétique?
Oui, car il est victime de ses colères, de sa morgue et de son orgueil si démesurés qu'il en arrive à retourner ses derniers défenseurs.
Oui, car il est pathétique de n'avoir plus que sa férocité à placarder sur les murs (avec autant de chance d'être lu qu'une bouteille à la mer d'échouer au bon endroit).
Nabe est une figure littéraire indépendante et libre, anecdotique sûrement. C'est un homme prisonnier de son personnage. Il a joué un rôle jusqu'à se faire envahir, torturé par ses haines. Je le plains. Il était drôle et féroce. Il n'est plus drôle et n'a pas la vacherie talentueuse de Léautaud ni de Céline. Avec Nabe, on connaît la couleur, il n'y a pas de surprise.
Depuis plusieurs mois, il pose ses violentes diatribes dans les rues de la capitale. Il s'y empare de l'actualité (coup de tête de Zidane; le film Indigène...) et la prend à rebrousse-poils. Il va contre l'opinion générale; il s'oppose!
Il donne un point de vue qui serait défendable s'il ne s'emportait pas. Ses obsessions l'envahissent, l'empêchent de juger sereinement, d'analyser avec justesse... il aborde des sujets sensibles et polémiques (racisme, antisémitisme, islamisme...) avec des brulots stériles et verbeux. Même si l'on perçoit, derrière l'aigreur et la hargne, une sensibilité profonde, Nabe intellectualise trop (pour aimer). Il s'enflamme. Volubile, il dérape et ne sert pas son talent, ni les idées qu'il développe.
Il est en guerre (on le croirait blessé) et ne peut engendrer que la guerre.
On aimerait que quelqu'un dise à cet homme (une personne qui l'aime suffisamment pour s'en faire entendre) :" hé, arrête, calme-toi, tu déconnes."

-Monsieur-

marc.edouard.nabe.free.fr/
(pour se faire une idée du personnage et consulter les tracts)

mercredi 21 novembre 2007

Boucle d'Or et les Sept Ours Nains


Le phénomène est connu: le soir, avant de s'endormir, l'enfant au bord des rêves écoute les belles histoires que ses parents lui racontent. Lundi, mardi, mercredi...même le samedi! Le dimanche, jour de repos, tous les héros des contes entendus (les loups, les princesses, les géants, les ours et le prince charmant) se promènent dans la petite tête brune, blonde, rousse ou albinos. Ils se baladent et se rencontrent dans une routine séculaire un peu chamboulée par des souvenirs confus.
Ce mélange s'est opéré dans le cerveau d'Émile Bravo qui est un grand garçon facétieux. Il en ressort une toute petite bd, drôle et moderne, au ton résolument décalé que les papas et les mamans s'amuseront à raconter à leur petit bout de chou. Le temps viendra très vite où celui-ci sera assez indépendant pour la lire comme un grand et en comprendre toutes les astuces; Les papas et les mamans n'auront alors pas d'autres choix que de se glisser dans sa chambre en cachette pour relire "Boucle d'Or et les Sept Ours Nains".

-Monsieur-

de Émile Bravo
éditions du Seuil
2004

mardi 20 novembre 2007

De Cape et de Crocs





Ayroles au scénario et Masbou à l'illustration nous embarquent dans une passionnante chasse aux trésors, menée à fond de train par deux personnages hauts en couleurs, Don Lope De Villalobos Y Sangrin et Armand Reynal de Maupertuis.
L'un est loup, l'autre renard; ils s'entendent à merveille, s'entraînent, s'entraident et se soutiennent dans leur folle entreprise.
Les autres personnages de cette histoire ne sont pas tous dessinés sous des traits animaliers, loin de là, mais chacun présente un caractère bien (et très) particulier.
Reprenant les codes de la littérature de cape et d'épée et du théâtre classique, les auteurs font vivre aux deux compères mille péripéties en compagnie d'Eusèbe (petit lapin mignon aux origines et ressources mystérieuses) et du Raïs Kader (fameux capitaine corsaire) dans un univers aux allures de 17ème siècle fantasmagorique.
Les illustrations savoureuses de Masbou donnent une sacrée valeur au scénario d'Ayroles. L'expression des personnages, le raffinement du trait et les couleurs bien choisies rendent attrayante puis attachante cette BD à suivre (le volume 8 est sorti ce mois-ci).
"De cape et de crocs" est un festival de finesse et de drôlerie tant au niveau du langage que du dessin. Lisez-le, proposez-le à vos enfants ou vos neveux et nièces, reprenez-le et vous y trouverez mille nouveaux détails; la lecture ne vous en semblera que plus réjouissante et agréable!"

-Madame-

vol.1 à 8
de Ayroles (scénario) et Masbou (illustrations)
éditions Delcourt
2004 à 2007

lundi 19 novembre 2007

Adèle et la pacotilleuse



Adèle est la fille cadette de Victor Hugo. Peu de temps après la mort tragique de son aînée Léopoldine, Adèle part sans laisser de trace.
Raphaël Confiant a romancé cette disparition , lui a inventé une histoire d'amour transit et à sens unique avec Albert Pinson, officier de l'armée anglaise.
Perdue, à moitié folle, sans défense contre la méchanceté et la lubricité des gens qui la croisent, Adèle rencontre Céline Alvarez Bâa, pacotilleuse de son état. Cette dernière la prend sous son aile et va tout faire pour que son père la récupère, malgré les difficultés que posent les représentants des différentes classes sociales des îles Caraïbes.
Pendant ce temps, un détective, Henri de Montaigue, engagé par Victor Hugo, vient de Paris à la recherche de la jeune femme. Il découvre les Antilles avec son regard de jeune parisien...

Dans une langue riche, ensoleillée, mâtinée de créole, Raphaël Confiant nous amène à l'oeuvre de Victor Hugo (vraisemblablement créateur phare pour l'auteur) et expose la vie des Antillais au 19e siècle, qu'ils soient Nègres, Blancs créoles ou Blancs-France, pêcheurs, anciens esclaves, petits commerçants ou aristocrates des îles Caraïbes.

-Madame-

de Raphaël Confiant
éditions Folio Gallimard
2007

jeudi 15 novembre 2007

Mariage/wedding


Silence. Chef d'œuvre.
Voilà un ouvrage sérigraphié après lequel tout paraît fade. Chaque page ouverte offre un éblouissement visuel. Chaque dessin apporte un frisson d'effroi et de plaisir mêlés. Ce livre est un choc oculaire et olfactif. L'odeur de l'encre envahit le cerveau et participe à cet état de trouble qui nous accompagne dans le monde de Ichiba Daisuke. Son univers sied parfaitement aux éditions du Dernier Cri (violent, sexué, exacerbé).
L'élégance bancale et raffinée du dessin, le noir et blanc impeccable, sont mis en valeur par le format géant de l'ouvrage: on entre physiquement dans l'image. Au delà même du côté "bord cadre" des sujets, la qualité de l'ensemble est à souligner, jusqu'au choix du papier, son épaisseur, sa texture. Il faut le toucher, le caresser (un livre n'est pas un musée).
Voilà un beau travail d'éditeur. Une belle collaboration entre un auteur et un atelier. On sent que c'est un travail d'Amour, de reconnaissance, une merveilleuse rencontre.
Je suis content!
-Je vous renvoie sur le blog de l'éditeur, plus abordable pour les personnes qui ne connaissent pas que leur site internet (www.derniercrinews.blogspot.com ). Leurs images "maudites", diaboliquement "belles", outrageantes parfois, et leurs créations sonores peuvent réellement heurter les personnes à la pupille endormie et à l'ouïe trop sensible.-

-Monsieur-

de Ichiba Daisuke
Éditions le Dernier Cri
200 exemplaires-2007

mercredi 14 novembre 2007

Papiers Nickelés


La "revue de l'image populaire" est trimestrielle. La couverture présentée ci-contre est celle du deuxième trimestre 2007 mais la suivante (que je n'ai pas lue) est encore plus belle.
Papiers Nickelés a été fondée il y a quelques années par des passionnés. Ceux-ci se sont associés afin de promouvoir la création d'un centre d'étude (C.I.P.) où seraient collectés et préservés les travaux, dessins, illustrations de créateurs d'images. Ce lieu permettrait de sauver un patrimoine souvent délaissé, de le mettre en valeur (numérisation) et d'en gérer éventuellement les droits.
En attendant, leur journal offre une reconnaissance à des dessinateurs connus ou oubliés. Il mêle habilement l'érudition des textes à de nombreux dessins hétéroclites. Instructif mais jamais assommant, il n'y a pas de différence de traitement entre un affichiste et un dessinateur de presse, entre un dessinateur contemporain et un dessinateur du XVIIIème siècle. Il n'y a pas de hiérarchie entre l'historique d'un logo (Larousse) et le rappel d'un fait de société (procès des caricatures). Les collaborateurs de cet organe ont une curiosité doublée d'une absence de préjugé qui donne toute sa valeur à leurs articles. Ce fourre-tout fabuleux est une mine dans laquelle il y a toujours un trésor à découvrir. On referme chaque numéro avec l'envie d'en savoir plus, de faire des recherches sur tel ou tel dessinateur, de glaner des images dans les bibliothèques, sur les quais, d'aller chercher dans les greniers, chez votre grand-mère (et pourquoi pas chez la mienne?).
Il serait dommage de passer à coté de cette source de bonheur.

-Monsieur-

Collectif C.I.P.
Adresse de la messagerie:
papiers.nickeles@wanadoo.fr

mardi 13 novembre 2007

L'élégance du hérisson


Le début de ce roman me semblait ennuyeux, un peu long. L'auteur y décrit l'immeuble où se déroule l'intrigue, et ses différents occupants. Il met en avant une adolescente lambda issue d'une famille bourgeoise et une concierge maussade qui n'est pas sans rappeler celle de la célèbre photo de Doisneau.
Puis l'histoire évolue, on découvre que ces deux femmes sont loin d'être aussi anodines qu'il n'y paraît: l'ado est une surdouée qui cache son intelligence à sa famille pour leur ôter toute prise sur elle.
Quant à la concierge, à la culture insoupçonnée, elle espère préserver sa tranquillité en cachant sa bibliothèque dans une pièce au fond de sa loge, ne laissant voir de son intérieur qu'une petite salle sans charme au mauvais goût prononcé.
On rit en découvrant ces deux personnalités. On rit encore plus quand un nouveau locataire, richissime japonais, va les mettre à nu, déclencher un micro-cataclysme dans cet univers à l'abord si terne et rendre les personnages de plus en plus attachants.
C'est les larmes aux yeux que j'ai tourné la dernière page, en espérant, un jour, croiser au coin de la rue des personnes aussi émouvantes que la concierge et l'adolescente du 7, rue de Grenelle.

-Madame-

de Muriel Barbery
éditions Gallimard
2006

En Compagnie de Basquiat


Il ne faut pas chercher d'élégance dans le style ni de "Grande Écriture". Il ne faut pas espérer y trouver des envolées lyriques. Non. Ce livre est un témoignage, un reportage au ras du sol.
"C'est la bonne copine qui vit avec un gars célèbre et elle te dit des choses."
Je résume, c'est un peu court mais cela s'en rapproche.
Dominique Goy-Blanquet a traduit Jennifer Clement qui a rapporté les souvenirs de Suzanne qui a vécu avec Basquiat.
La genèse de ce texte provient sûrement d'un besoin, d'un trop plein d'émotions et aussi d'une demande... on est tous un peu curieux, un peu voyeur, on aime comprendre, avoir des clés, en savoir plus sur les gens qu'on admire: on achète ces "moments de vie" quand on aime Basquiat. On peut ainsi le "lire" au quotidien. Le problème, c'est que l'on n'y apprend pas grand chose. On connaît son histoire, ses tourments, la longueur de sa... (peut-être pas)
En comparaison Downtown 81 (film de Edo Bertoglio dans lequel Basquiat jouait son rôle) est beaucoup plus émouvant: on plonge vraiment dans l'univers romanesque du peintre (la ville, la musique...).
Vous pourrez me rétorquer à juste raison que ce n'est pas pareil mais, au final, ce livre ne m'aura guère plus touché qu'un article de Paris-Match (il y en a(vait) de très bon).

-Monsieur-

de Jennifer Clement
Éditions Denoël & D'Ailleurs
2003

jeudi 8 novembre 2007

Fraktur Mon Amour



Commençons par un petit rappel. La Fraktur est un caractère d'imprimerie conçu au XVIème siècle. C'est une "écriture cassée" dérivée du Gothique. Au début du XXème siècle, les nazis ont encouragé la Fraktur comme marque de distinction de la culture allemande. Puis ils se sont aperçus que cela compliquait
la communication avec les populations occupées d'Europe. En 1941, les nazis abolissent l'usage de la Fraktur: elle aurait, selon eux, des origines juives! L'histoire continue de tourner car la Fraktur est associée de nos jours, dans l'imaginaire collectif, à l'Allemagne nazie. L'inculture de nombreux nazillons est sur ce point flagrante (une bonne partie de leurs publications arbore cette typo).
Bref passons disait Pépin; je ne suis ni spécialiste ni professionnel, je me revendique "amateur" et ce livre n'est pour moi ni un sujet de polémique ni un outil de travail (un CDrom est intégré à l'ouvrage). Ce livre est un poème dans lequel on ne trouve ni vers ni histoire. Il renferme des pages et des pages de polices (environ 300) et autant d'espiègleries calligraphiques et raffinées.
Ce livre est un luxe dans sa forme, son contenu, son abondance. C'est un coffre aux trésors, rose et noir, blanc et fushia. C'est de l'amour, c'est un œil. A aucun moment on ne ressent la difficulté qu'a dû connaître l'auteur en le réalisant. A aucun moment, on ne ressent l'ennui devant ses ornementations quasi-psychédéliques: elles se marient très bien avec l'austérité d'un catalogue typographique.
Une splendeur à feuilleter, à garder précieusement, à contempler souvent.

-Monsieur-

de Judith Schalansky
Éditions Hermann Schmidt Mainz
2006
(difficile à trouver en librairie, à défaut essayer par Internet.)

mercredi 7 novembre 2007

On ne se voit plus qu'aux enterrements, heureusement il y en a souvent


Pour résumer cette compilation d'articles sur les cérémonies funèbres (parus à l'origine dans le regretté Hara-Kiri) je parlerai de simplicité: simplicité de l'humour et de la lecture.
C'est frais, c'est une philosophie. Jackie Berroyer a le don de ne pas être scabreux sur un sujet délicat. Il a le ton juste. Il ne juge pas, il décrit. Rien n'est grave. La vie, la mort, c'est comme ça.
Il a raison. Pourquoi chercher plus loin? On est de passage.
Il écrit et raconte, mais le sourire en coin et cela fait du bien, le sourire dans un cimetière.

-Monsieur-

de Jackie Berroyer
éditions Le cherche midi
2007

Les cavaliers


L'histoire se déroule dans les steppes afghanes, le sujet principal est un jeu terriblement dangereux pratiqué par des cavaliers afghans, le "Bouzkachi".
Ce sport équestre est le sport national en Afghanistan. Il requiert un dressage des chevaux particulièrement long et coûteux et pour les cavaliers un entraînement intensif.
Joseph Kessel a passé quelques temps en Afghanistan et nous en a rapporté un magnifique roman.
Il y a décrit la préparation des chevaux et des cavaliers (appelés les Tchopendoz), y a expliqué les enjeux du Bouzkachi pour les haras et les régions entières dont ils dépendent, et nous a livré une description extraordinaire des paysages évoqués.
Ce roman m'a été offert il y a bientôt dix ans, à une période où j'étais peu portée sur les romans d'aventure. Je crois que si on ne me l'avait jamais mis ainsi entre les mains je ne l'aurais pas lu. Quelle perte alors!
Si vous avez envie de voyager, de rêver, de découvrir un autre monde, plongez-vous dans ce roman, et proposez-le vite à ceux que vous aimez!
L'édition que je vous ai scannée était sortie chez Gallimard Jeunesse, je crois qu'il n'est plus disponible dans cette collection, il l'est toujours en revanche en Folio.

-Madame-

de Joseph Kessel
éditions Gallimard
Année 1967

mardi 6 novembre 2007

Les prix littéraires

En France aujourd'hui, comment parler de littérature sans évoquer les prix distribués durant les "mois en R"? Hier a été décerné le prestigieux prix Goncourt à Gilles Leroy, pour son livre "Alabama song" (éd. Mercure de France, filiale de Gallimard) et le Renaudot à Daniel Pennac pour son livre déjà très médiatisé sur sa jeunesse de cancre, "Chagrin d'école"(éd. Gallimard).
Pendant quelques mois, jusqu'en janvier au moins, vous ne pourrez rentrer dans une libraire ou dans un espace livre (pour les adeptes des grandes surfaces et ceux qui n'ont pas d'autres possibilités de trouver des livres) sans tomber irrémédiablement sur une table couverte de "livres à bandeaux". Est-ce bien, est-ce mal? Beaucoup se posent la question de la légitimité de certaines oeuvres à obtenir des prix de renommée nationale, voire internationale. Du même coup, la partialité des jurys est mise en doute.
L'ensemble des acteurs de la chaîne du livre est pourtant d'accord sur un point: un prix comme le Goncourt, le Renaudot, l'Interallié ou le Fémina fait vendre.
C'est un moyen sûr de démultiplier les ventes, et d'atteindre des personnes qui ne liraient pas autrement.
Si le sujet vous intéresse, je vous conseille de visiter le site de la revue littéraire Lire qui a mené une enquête sur le thème.
Alors, lirez-vous le Goncourt cette année? Pour ma part je pense que oui, un jour peut-être, mais pas tout de suite.
Un conseil, si vous vous posez la même question et ne voulez pas tomber sur une bête médiatique mais sur un vrai bon texte, attendez quelque temps, et écoutez les différentes critiques qui ne manqueront pas de se faire de toutes parts dans les semaines qui vont suivre.

Pour découvrir les autres centaines (voir milliers) de prix décernés tous les ans, je vous ai mis en lien un premier site à visiter qui en relève un très grand nombre et dans lequel vous trouverez un agenda reprenant les différents rendez-vous littéraires de l'année, prix-litteraires.net.

-Madame-

lundi 5 novembre 2007

Darling


Je connaissais Jean Teulé pour ses BD superbes (Copy rêves, Filles de Nuit...), sa gentillesse, ses fous rires, son côté "poète" et ses passages télé.
Et puis un jour, j'apprends qu' il arrête le petit écran pour se mettre à écrire un roman triste, un roman-témoignage. Il nous parle de Darling, une fille "martyre".
Tiens donc!
Je suis un homme, un vrai, le genre de gars qui pleure toutes les dix lignes en lisant le journal du matin. Alors moi, je l'attends au virage: Jean Teulé qui fait dans la tragédie noire ce n'est plus Canal Plus ni l'Assiette Anglaise, c'est le retour à ses débuts!
Foudre! Je n'ai pas été déçu.
J'ai lu Darling à sa sortie, à petites doses, avec de grandes bolées d'air pour respirer parce que... ce livre, c'est un combat:
ou on esquive, ou on encaisse.
Je croyais être costaud, il m'a fallu du temps pour digérer.
[...] Presque dix ans se sont écoulés, je l'ai toujours à la maison, je le regarde régulièrement; je n'arrive pas à le relire mais j'aime le savoir là. Et si je ne le prête pas, je le recommande, avec mille précautions, à des personnes que j'aime, que je connais suffisamment (libre à elles par la suite...).

N.B. Il paraît qu'on y ressent une pointe d'humour, l'humour mêlé de Jean Teulé et de son héroïne. J'ai dû passer à côté; peut-être à cause de mon tempérament, mon côté madeleine. Il faudra d'ailleurs que je prenne exemple sur Darling pour me sortir de cette sensiblerie larmoyante.
En attendant, j'irai sûrement voir le film dans un cinéma désert avec des lunettes noires au fond d'une poche car les extraits m'ont terriblement remué et bouleversé. J'y ai retrouvé l'essence du livre. Quant à Marina Foïs, elle a la force, la foi et le tragique. Elle est Darling. Elle est belle, et ce n'est pas du cinéma.

-Monsieur-

de Jean Teulé
éditions Julliard
Année 1998

dimanche 4 novembre 2007

Laver la voiture


En quelques secondes le folioscope (ou flip-book) du collectif Colorant 14 nous raconte une petite histoire poétique et amusante.
Il enlève au lavage des voitures le côté pénible de la corvée, et nous amène à voir dans chaque geste quotidien une évasion surréaliste:
en lavant sa voiture dans un lavomatic le personnage de ce "film à pouce" la réduit à la taille d'une Majorette et va ensuite l'étendre sur un fil à linge, où l'attendent d'autres véhicules précédemment rétrécis.
-Madame-

de Colorant 14
collection Routine Fluide
éditions Colorant 14
Année 2006